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Vétérinaire : la science dans une main, le cœur dans l’autre.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être vétérinaire. À six ans, la raison était probablement parce que j’aimais les animaux, comme la majorité des enfants à cet âge. Mais avec les années, une nouvelle passion s’est ajoutée : celle de comprendre. La science, la biologie et la médecine me fascinaient. À la fin de mon secondaire, c’était une évidence : je deviendrais vétérinaire.


Depuis le début de ma carrière, j’ai souvent entendu : « Tu es tellement chanceuse, tu fais le plus beau métier du monde! » ou encore « J’aurais tellement aimé être vétérinaire, moi aussi! »


Et c’est vrai, je me sens profondément privilégiée. Mais comme tout métier de cœur, il y a un revers à la médaille. Une réalité plus complexe, plus exigeante. Celle qui demande non seulement de soigner, mais aussi de naviguer entre les émotions, les limites et les attentes.


Il y a quelques années, la vie m’a amenée à toucher un peu plus à mon essence, à me questionner sur le sens, à développer ma présence dans mon travail au quotidien.


Alors qu’approche la Journée mondiale des vétérinaires, j’ai envie d’ouvrir une fenêtre sur cette réalité. Honorer ma profession. Reconnaître mes collègues. Et rendre hommage à cette fine ligne, invisible et puissante, entre la science… et le cœur.

 

Être vétérinaire : bien plus qu’aimer les animaux


On imagine souvent qu’être vétérinaire, c’est le plus beau métier du monde!  Je dirais à cela, oui… mais pas toujours.  Nos journées sont loin d’être remplies de câlins et de flatouilles à nos petits patients poilus.


Il y a plusieurs années, j’ai choisi la médecine vétérinaire plutôt que la médecine humaine, entre autres en raison de mon amour pour les animaux. Mais derrière cette passion se cache une réalité beaucoup plus complexe. Notre médecine exige la connaissance de plusieurs espèces, toutes différentes les unes des autres.


Notre mission, en tant que « vétérinaire de famille », c’est d’abord d’être la ressource principale pour la santé de nos animaux. Lors des examens annuels, on parle prévention de maladie, nutrition, comportement, etc.  Puis, quand les petits poilus deviennent malades, tous nos autres rôles s’activent. 


Un jour, je fais une chirurgie du système digestif car Minet a mangé une amande. Le lendemain, j’extrais plusieurs dents pour améliorer la santé buccale de Pitou.  Un soir, je me rends d’urgence à l’Hôpital pour rencontrer un propriétaire dont le chien a eu une altercation avec un porc-épic.  Un peu plus tard, je suis rappelée pour procéder à une césarienne sur une future maman qui n’est pas capable de mettre bas.

Un dimanche, j’examine Minet qui ne va pas bien du tout, procède à une batterie de tests et je dois annoncer au maître que son chat doit être hospitalisé pour quelques jours.


Au-delà des connaissances et des compétences techniques que cela exige, il y a une chose que nous ne contrôlons jamais : le moment où nos patients tombent malades.  Mais une chose est certaine : nous sommes là, pour eux.

 

Les zones d’ombre sont bien réelles


Au risque de me répéter ici; j’aime les animaux. 😊Je les aime pour leur beauté et leur unicité, pour leur amour à notre égard sans jamais attendre en retour, pour leur capacité à vivre le moment présent. Ce sont de grands enseignants.


Mais aimer les animaux ne nous protège pas de la complexité de notre métier. Il y a ces moments où mon cœur est lourd. Où je dois annoncer une mauvaise nouvelle. Où je dois abréger la vie d’un patient pour le soulager de sa souffrance. Où je dois retenir mes larmes car tout a été fait, sans succès.  Car c’est aussi cela la médecine.


Et il y a ces moments où je sais exactement quoi faire… mais où les contraintes financières ou les choix du client me limitent. Je comprends leur situation, mais ne pas pouvoir faire tout ce que je peux pour mon patient me rend impuissante.


Et il y a ces moments où je fais face aux accusations de toutes sortes.  Submergé par les émotions ou par l’incompréhension que ses attentes n’aient été respectées, le client n’est pas toujours doux dans ses propos.


Au quotidien, je dois jongler avec toutes ces réalités. Je sens que je suis parfois ce point d’équilibre fragile entre la douleur, l’émotion, le rationnel et le portefeuille. Je fais trop souvent face à l’incompréhension, à la détresse, à la culpabilité.


Et bien que mon rôle soit de soigner et d’accompagner… il m’arrive de me sentir impuissante et de me dire « Je ne fais assurément pas le plus beau métier du monde… »

 

Entre science et conscience : ma boussole intérieure


La science est ma fondation. Elle me guide dans mes décisions cliniques, mes diagnostics et mes protocoles. Elle structure ma pratique.


Mais ce qui me permet de garder le cap, de ne pas me perdre dans les tempêtes du quotidien, c’est mon alignement intérieur.


Depuis que je marche le chemin de pleine conscience, j’ai appris à accueillir ce qui est: l’imperfection, la tristesse, la colère ou la déception d’autrui. Elle m’aide à reconnaître ce que je ressens sans jugement, à revenir à moi, mon essence.


Et parfois, ce n’est ni le savoir, ni les données objectives qui me guident, mais une intuition profonde. Une sensation intérieure que quelque chose ne va pas même si les tests sont normaux.  Ou, au contraire, une conviction que tout ira bien… même si les chiffres font peur. Cette intuition s’est affinée avec l’expérience mais aussi avec le silence. C’est dans les espaces de calme, de présence et de connexion avec l’animal que je l’entends le mieux. Pour moi, elle ne s’oppose pas à la science; elle la complète.


Je vois chaque animal comme un être vivant sacré, et chaque client comme un humain qui fait de son mieux. Je me laisse guider autant par ce que je sais… que par ce que je ressens.


C’est là que le cœur reprend sa place dans la médecine. Et que ma pratique retrouve son essence profonde.  

 

Nous, les vétérinaires


Nous avons choisi un métier rempli d’amour. Amour pour nos patients, ces êtres qui ne parlent pas mais qui disent tout.


Respect et sens des responsabilités envers nos clients, qui nous confient ce qu’ils ont de plus précieux.

Et au milieu de tout cela, il y a nous.  Nos familles. Notre propre équilibre à préserver. Parce que si nous nous y perdons, tout le monde y perd. J’ai une pensée pour tous ceux et celles qui ont quitté la profession… et pour ceux et celles qui, à bout de souffle, n’ont pas trouvé d’autre issue. Leur absence nous rappelle à quel point ce métier, malgré toute sa beauté, peut devenir un fardeau trop lourd à porter.   


Nous sommes une si petite communauté. On se croise dans les congrès, on échange dans les groupes privés. On s’appelle, on s’écrit, on se réfère des cas. On s’entraide. Qu’on soit vétérinaire généraliste ou spécialiste, on avance ensemble, chacun avec notre rôle et notre expertise.


Être vétérinaire, c’est chercher à tout concilier; la précision médicale, la relation humaine, l’intuition, la gestion, la compassion. Chers collègues, je vous vois. Merci d’être là. Merci de continuer, jour après jour, par amour. Merci de faire vivre cette profession avec autant de cœur, de rigueur et de courage.

 

La médecine guidée par le cœur


Ce métier, je ne l’échangerais pour rien au monde.


Il m’a transformée. Il m’enseigne à chaque jour à rester humaine, sensible, ancrée. Il m’apprend à marier rigueur et douceur, à accueillir autant qu’à intervenir, à écouter autant qu’à soigner.


Et si c’était ça, finalement, être vétérinaire?


Tenir la science dans une main… et le cœur dans l’autre.

C’est là que je trouve mon sens.

Et c’est là, je crois, que notre métier prend toute sa force.

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